Le 5 septembre 2008

Je profite de la nouvelle saison qui commence pour me manifester à nouveau. Après 15 mois de rien du tout, ça sentait le renfermé, je vous l’accorde ; j’ouvre donc les fenêtres qui donnent sur ma cour intérieure à l’arrière de ma maison et vais me poser en transat devant ces mois passés. Depuis mai 07, pas un mot !  En fait je suis devenu muet comme mon personnage parce qu’on m’a volé mon ordi. Il pétillait de grosses bulles de sons, d’images, de choses inventées ; et ça m’a tellement gavé que j’ai fait la grève..de l’ordi. C’est arrivé à Tahiti en mai 07. D’ailleurs je tire mon chapeau au pirate des caraïbes (euh de Polynésie) qui sur la pointe des pieds a dû jouer la danseuse pour arriver sur un fil jusqu’à mon sac avec ses oreilles comme parachute tout…dou..cement dans les coulisses, le jour de la dernière, 2 heures avant le départ vers Paname et qui a filer à l’anglaise avec en plus un baladeur, un téléphone et un appareil photo numérique. En attendant que je récupère un outil, ça a déjà mis six mois. N’ayant plus d’excuses désormais, je vais commencer avec un petit bilan 2007.


Et bien ces 31 536 000 secondes de 2007 furent je pense les plus denses et trépidantes de ma vie. Ce fut une année dingue !

De fin janvier à avril je joue Imagine-toi aux Mathurins tous les soirs -sauf les lundis- en découvrant, si je compte bien 288 personnes différentes qui ont eu le courage d’accepter de jouer avec moi sur scène. Je me rappelle d’un monsieur qui après l’avoir « asphyxié » d’un coup de fleuret imaginaire, tombe et décide de ne plus se relever.. plus jamais ! Je lui prends le poûl, je lui fais un massage cardiaque, du bouche à bouche (simulé..je précise), prends la bombonne d’oxygène du début de spectacle pour lui en donner, prend des gros patchs de 220 V et lui colle sur le torse en faisant le bruit des électrochocs..rien à faire, il ne bouge pas. Je regarde le public, la princesse s’impatiente ; je décide donc..de le déshabiller ; je lui enlève les pompes, puis commence à dégrafer sa ceinture, les boutons de son pantalon et je commence à lui enlever. Ca n’avait plus rien à voir avec l’histoire j’en conviens mais ça a eu le mérite de le ramener parmi nous dans les rires. Peu de monde résiste à un bon dégraffage de calbute. Je l’ai pris dans mes bras comme tout miraculé qui se respecte et j’ai pu continuer mon boulot comme il faut.

Mi-avril j’apprends que je suis nominé aux Molières (voir message sur cette date mémorable), c’est fou de joie que je finis cette longue série de 72 shows dans ce beau théâtre à l’italienne pour aller en Islande en mai afin d’honorer le contrat qui me lie avec Solveig Anspach pour son 3ème film intitulé Back soon. Je joue en anglais un étudiant français passionné de sagas (sorte d’Iliade et d’Odyssée Nordiques) qui fait sa thèse sur les poétesses contemporaines islandaises et qui décident d’aller en rencontrer quelques unes. La première est l’héroïne du film, une vraie poétesse et chanteuse, maintenant doublement actrice puisqu’elle a joué aussi dans le 2ème film de Solveig (pour lequel elle a gagné là-bas l’équivalent islandais du césar de la meilleure actrice, excusez du peu), qui va emmener mon personnage dans un tourbillon assez proche des poèmes qu’elle écrit.  Il va ainsi faire connaissance avec la nature islandaise, celle des gens et des éléments. J’étais déjà allé à Reykjavik pour donner un stage de clown, grâce à Solveig d’ailleurs et j’en étais revenu bluffé. Bluffé par les islandais, une si petite portion de l’humanité concentrant une si forte densité de talent et bluffé par le contraste permanent entre ce qui est attendu et absolument surprenant. Je me souviens d’une virée en voiture pour découvrir le volcan-glacier- le terme est forcément islandais-Sneffels d’où partent les protagonistes du Voyage au centre de la terre de Jules Verne. En l’espace de quelques heures, en mai, on a eu de la neige, de la grêle, de la pluie et du plein soleil donc un arc-en-ciel, on a vu des montagnes enneigées, des plages de sables noires, des paysages de landes et de lichens et la mer à perte de vue. Le film de Solveig traque la personnalité des islandais et dévoile à travers une « road-comédie», l’âme de ce pays incroyable. Il a fallu attendre un an et quelques pour le voir et il vient de sortir ce mercredi 20 août 08 dernier sur les toiles hexagonales. Il a gagné un prix à Locarno mi-août, le prix Variety, ce journal spécialisé qui fait la pluie et le beau temps dans tous les festivals prestigieux en matière de critiques amerloques. C’est pas n’importe quoi en fait, ça facilite  pas mal la distribution à l’étranger du film. Le film a été projeté à la Piazza Grande et faisait la clôture du festival devant 8000 personnes, en plein air, le pied.

Donc en plein milieu du tournage je reviens à Paris pour les Molières au Théâtre de Paris présidé par Jacques Weber et présenté par Karine Le Marchand aussi décontractée que charmante. Après une visite éclair au show room d’agnès B le lendemain de mon arrivée pour enfiler un costard qui vaille la classe de la soirée et hop je me retrouve le soir dans le tourbillon insolite du tout théâtre parisien. Et là je me demande s’il n’y a pas un truc qui flaire bon quand on m’installe avec ma fiancé au premier rang à côté de Laurent Terzieff. La soirée commençait à danser autour d’un immense sourire. Ma petite maman était dans une chambre d’hôpital pour la première chimio d’une longue série et regardait la cérémonie à la télé ; lui dédier le trophée dépassait le cadre de la soirée, vous imaginez... Tout va bien maintenant pour elle, rassurez-vous. Champ et p’tits fours, sourires et embrassades, chants et farandoles puis dodo. Le lendemain je retourne à Reykjavik et finis le film.
Quelques jours après mon retour d’Islande, c’est le début de la tournée et on part tous pour..Tahiti. Non ? Si ! Papeete : 22 heures de vol. Fane et moi, Morgan Marchand, Erwan Daouphars, Idalio Guerrero et sa fille Manon, la fine équipe est dans l’avion. On est heureux. Chaque date que l’on a faite à l’étranger pendant cette année fut une occasion de redécouvrir le spectacle et soi-même un peu aussi. On devrait tous avoir un spectacle comme passeport. Ca serait un foutu bordel aux frontières, les douaniers seraient critiques d’art en somme :
    -vous avez quoi à nous proposer ? Claquettes ? Devant le guichet 21. Et vous ?
« Pourquoi l’art ? Parce que tout est possible ! » Nietzsche. Surtout de rêver, oui. Je pense souvent à Rimbaud qui abandonne l’écriture pour se lancer dans le commerce d’arme en Afrique et qui revient avec un cancer du Je-Nous. Rongé jusqu’à l’os, amputé..Adios ! Tout ça pour revenir les bras chargés d’or et être en mesure d’être puissant et politicien afin de changer la société (dixit Une saison en enfer)…encore un suicidé de la réalité. Il a bien sûr plus fait pour la société en écrivant des poèmes qu’en mourant dans un hôpital de Marseille pour avoir traversé plusieurs déserts à pied. Au bout des fusils : la mort ; (Silence) ça me fait cet effet-là quand je parle de frontières …Mais assez d’idées noires : LA POLYNESIE ! On a fait salles combles les 11 représentations avec quelques shows tonitruants, notamment un avec des scolaires. Au moment du défilé de mode, les enfants étaient debout sur leurs sièges et dansaient comme des dingues. Je me rappelle m’avoir dit « je saute avec eux dans la salle, je m’en fous » mais c’était tellement démesuré que j’aurais été dans l’incapacité de les ramener au rythme du spectacle. C’étaient la première fois que je jouais devant des polynésiens en fait et des polynésiens ados en plus, les places étant trop chers pour eux, le public était surtout composé de franco-français, de « Popas », comme ils disent. C’était la fête ! J’adore jouer devant les ados. Quand ils aiment ils adorent, ils débordent de joie, de reconnaissance. Quand ils n’aiment pas ils sifflent, s’agitent. C’est clair et sans fioritures. Ca fait du bien. Je ne vais épiloguer sur ce démarrage paradisiaque de tournée, je ne veux pas vous faire pâlir d’envie, à ceci près qu’il faut que vous y alliez une fois dans votre vie. Economisez 1 an, 2 ans, 10 ans et allez-y. Il ne faut pas quitter cette terre sans avoir senti la vanille et plonger parmi les requins et les raies de Morea, entre autre.

Les dates postérieures eurent un peu le goût amer des lendemains de cuite : Mouscron, Belgique ! Au niveau du décor urbain s’entend car le matériel son et la salle fut parfaite. Le public du nord, c’est connu est chaleureux et rigolard. Les gens ont envie de s’amuser, Imagine-toi est parfait pour cela donc c’était cool ; on en a pris plein le cœur et ça nous a consolé du blues post-insulaire.
Puis Le Mans, ma ville natale. Le théâtre municipal m’ouvrait grand les bras, ainsi que toute ma famille et le maire. Je clôturais le festival « le Mans fait son cirque » et forcément ce fut historique pour moi. Pour résumé, de Tahiti (en mai 07) à Ventura en Californie (en juillet 08) en passant par Sydney ou La Penne sur Huveaune j’ai eu autant de plaisir à faire rire et à émouvoir les gens.  J’ai pu améliorer ma performance grâce à tous les problèmes délicieux qui ont jalonné notre route, à tous les niveaux de production. Le son est aussi musclé que la lumière et la centaine de dates dans des théâtres si  différents devant des gens si différents ont peaufiné l’identité de mon personnage comme du show.

La rentrée aux Bouffes Parisiens à partir du 1er octobre est le fruit de mon désir de retourner sur Paris pour clore en beauté cette première tournée, la volonté opiniâtre de Nicolas Sauvaige, coproducteur du spectacle à accompagné idéalement l’éclosion d’un rêve et la généreuse détermination de Dominique Dumond, co-directeur des Bouffes Parisiens et patron de Polyfollies, qui nous a proposé le créneau de 19h avant Anne Roumanoff.  Au passage je salue bien bas le professionnalisme de Marie-Cécile Renauld et l’indéfectible bonne humeur de Marie-Astrid Périmony au sein de MCR Productions qui s’occupe de l’exécutif de cette tournée ainsi que le talent d’Idalio Guerreiro pour les lumières et le maestro de Morgan Marchand pour le son. Une révérence à Erwan Daouphars qui continue avec brio une double carrière de comédien et de metteur en scène ; il vient de brûler les planches du Théâtre du Chêne noir à Avignon en jouant Verlaine dans Colloque Sentimental qu’il a monté avec Quentin Baillot, un autre grand bonhomme. Voilà, j’espère vous voir devant moi très prochainement pour vous émouvoir. Et puis un scoop pour ceux qui sont allé jusqu’au bout de l’article sans décrocher ;  je suis papa d’une petite fille qui s’appelle LOU et  suis atteint de gagaïte aigue aggravée d’affections amoureuses envers la maman, je pense que je ne m’en remettrai pas.